
Depuis leur naissance, la
controverse fait rage.
Imposture scientifique pour les uns, irremplaçables outils de connaissance
pour les autres, les sondages occupent plus que jamais le devant de la scène
médiatique.
Pour leurs détracteurs, ils imposeraient une problématique artificielle
et feraient parler le peuple à tort et à travers... Ils constitueraient
moins un outil de connaissance quun outil de gouvernance.
Si leurs défenseurs reconnaissent lexistence de certaines dérives,
la critique est à leurs yeux largement infondée : il ne faudrait
pas confondre linstrument (fiable) et son usage (pas toujours irréprochable).
À défaut de mesurer avec certitude une opinion, le sondage permettrait
de jauger ses évolutions.
Les uns comme les autres saccusent de mauvaise foi : quand les premiers soutiennent
que linstrument ne peut être dissocié de son usage, les seconds
pointent avec malice que même les plus virulents critiques utilisent
régulièrement les sondages.
Qui croire ?
Cest pour permettre à chacun de se forger sa propre opinion que les
ouvrages de la collection « Pour
ou contre ? » réunissent
sur un même sujet les avis de deux experts aux points de vue différents
dans un langage clair et accessible.
Emmanuel Rivière dirige
le pôle « Politique
» du plus grand institut de sondages français, TNS-Sofres.
Il est par ailleurs maître de conférences à Paris I Sorbonne
et au CELSA. Il participe, chaque année, à la rédaction
du très attendu État de lopinion (Le Seuil).
Nicolas Hubé est maître de conférences à Paris
I Sorbonne. Ce jeune sociologue prometteur est déjà lauteur
de deux ouvrages, parus en 2008 : Décrocher la «
une
»
(PUS) et une Histoire
politique et économique des médias en France (La Découverte,
en collaboration).
Prolongez votre lecture
en participant au forum spécial dédié à cet ouvrage
:
http://pouroucontre.1fr1.net
Revue de presse
« Faut-il croire les sondages ? »
Bonne question : ne revient-elle pas sur le tapis avec plus ou moins de violence
à l'occasion de chaque élection ? On ne trouvera pas dans ce
petit livre à deux voix de réponse définitive, mais beaucoup
mieux. Ce dialogue entre un praticien (Rivière) et un universitaire
(Hubé) réunit tous les éléments du
débat. Scientificité de la méthode, bon ou mauvais usage
des résultats, outil de connaissance ou bien outil de gouvernance,
pertinence des questions, etc., tout est sur le tapis. Au citoyen de faire
avec.
Prométhée, 130 pages, 10 euros.
Patrick Berthommeau, Sud-Ouest, 22/09/2008
Pour ou contre les sondages ?
Le thème.
« Accusés, levez-vous ! » Les charges qui pèsent
sur les sondeurs sont lourdes et anciennes. Dès la fin des années
1950, les enquêtes d'opinion se seraient trompées en annonçant
le succès commercial de la Ford Edsel, produite sur mesure à
partir de sondages et qui se solda par un échec cuisant. Plus grave,
ils auraient faussé la présidentielle de 2002 en France : en
ne montrant pas la montée en puissance de Jean-Marie Le Pen, ils auraient
conduit les électeurs de gauche à se détourner de Lionel
Jospin au premier tour, provoquant son élimination. D'où la
question posée aux
jurés : « Faut-il croire les sondages ? »
L'intérêt. Cet ouvrage n'est certes pas le premier à expliquer
le fonctionnement des sondages, son système de quotas, ses marges d'erreur
et le redressement de ses résultats, nés sous leur forme moderne
avec l'annonce par George Gallup de la réélection de Franklin
Roosevelt en 1936. Plus originale - et plus intéressante - est le débat
qu'il organise entre ses deux co-auteurs : l'avocat de la défense,
Emmanuel Rivière, qui dirige le pôle politique de l'institut
TNS-Sofres, et le procureur, Nicolas Hubé, maître de conférences
à la Sorbonne, sociologue spécialiste de la communication et
des médias.
Un débat passionnant, même s'il se révèle parfois
rébarbatif. Car les sondages sont à la fois « outil politique,
outil médiatique, produit industriel », « instrument de
pouvoir » et « source de connaissance ».
Pierre-Alain Furbury, Les Échos, 15/10/2008

