
«
La France
ne peut accueillir toute la misère du monde.
»
Depuis cette sentence sans appel prononcée par Michel Rocard voilà
20 ans, le débat sur limmigration
semble sêtre figé. Pourtant, de la situation des centres de
rétention à celle des sans-papiers, lactualité est toujours
marquée par cette question non résolue.
Quen est-il des flux migratoires ? Immigration et insécurité
vont-elles réellement de pair ? Est-il possible de dissocier et de
choisir entre rapprochement familial et immigration économique ? Un
immigré coûte-t-il plus quil ne rapporte à la société
daccueil ? La fuite des cerveaux est-elle une chance ou un handicap pour
les pays du Sud ?
Deux experts internationalement reconnus aux avis différents répondent
à toutes ces questions et à dautres encore en confrontant leurs
arguments.
Le débat de référence sur limmigration.
Gérard-François
Dumont est recteur et professeur à la Sorbonne. Il exerce des fonctions
dexpertise auprès de nombreuses institutions, françaises et
européennes. On lui doit notamment Les Populations du monde
(Armand Colin, rééd., 2004), Démographie politique
(Ellipses, 2007), Géopolitique de lEurope (Sedes, 2009). Il
dirige la revue Population et avenir.
Hervé Le Bras, directeur détudes à lEHESS, directeur
de recherche émérite à lINED, a été membre
de plusieurs comités dexperts. Parmi ses nombreux ouvrages, on peut
citer : The Nature of Demography (Princeton University Press, 2008),
et La Naissance de la mortalité (Gallimard, 2000). Il collabore
régulièrement au mensuel La Recherche.
Prolongez votre lecture
en participant au forum spécial dédié à cet ouvrage
:
http://pouroucontre.1fr1.net
Revue de presse
Le 20 septembre, Hervé Le Bras était linvité de Sylvie Koffi sur RFI :
http://www.rfi.fr/radiofr/emissions/109/accueil_499.asp
Le 23 septembre, Gérard-François Dumont était linvité dYves Calvi dans C dans lair, sur France 5 :
http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=resume&id_rubrique=1257&date=2009-09-23
« Doit-on contrôler limmigration ? », dHervé Le Bras et Gérard-François Dumont : contrôler ou accueillir ?
Pour ou contre « contrôler limmigration » ? Voici condensés, les termes dun débat lancinant où dominent plus souvent peurs et fantasmes que réalisme. Ce débat, Hervé Le Bras, directeur détudes à lEHESS et à lINED, et Gérard-François Dumont, recteur et professeur à luniversité de Paris-Sorbonne le retracent, avec dans le rôle du modérateur le premier, et dans celui du contradicteur, presque caricatural, le second.
Se devant dassurer la sécurité sur son territoire, tout Etat est amené à contrôler les flux migratoires : ignorer cela, cest ni plus ni moins, pour Gérard-François Dumont, tomber dans le « sophisme internationaliste », « compassionnel » ou « libertarien », et exposer les pays du Nord à l« invasion ». Une « invasion migratoire » de « bons sauvages à la Rousseau » qui, en raison de leur volume et de leur méconnaissance des lois du pays daccueil, soutient le recteur, imposeraient des « moyens de sécurité considérablement augmentés ».
Sans nier que le contrôle de limmigration soit une tâche régalienne, le sujet appelle au réalisme. « Lillusion davoir prise sur les migrations règne autant chez ceux qui veulent les limiter que chez ceux qui veulent les encourager », relève Hervé Le Bras. Sur le marché mondialisé de lintelligence, des politiques européennes de « migration choisie » ont-elles de fait un sens ? Aujourdhui, « ce ne sont plus les pays darrivée qui choisissent, mais les migrants hautement qualifiés qui décident de leur destination », observe le démographe qui relève quen termes de qualification des migrants, selon lOCDE, la France se situe en queue de peloton, tandis que la Canada, lAustralie, lIrlande, lAngleterre et les pays nordiques caracolent en tête.
Reste que dans le choix des migrants, interviennent de toute évidence la langue, la durée de séjour mais aussi le climat général dhospitalité à leur égard. Climat sur lequel, en France, observe Hervé Le Bras, pèse la priorité donnée à la « chasse aux sans-papiers ».
La vraie question, relève le démographe, « nest pas de raffiner les modes de contrôle dune migration considérée comme un phénomène anormal, mais dencadrer un phénomène normal, la libre circulation des humains et leur libre établissement, sans altérer profondément le rôle protecteur des Etats ».
DOIT-ON CONTRÔLER LIMMIGRATION ? dHervé Le Bras et Gérard-François Dumont. Prométhée, 126 p., 11 €.
Laetitia Van Eeckhout, Le Monde, 29-30/11/2009
Hervé Le Bras était linvité de Marc Voinchet, le 4 décembre 2009, à la matinale de France Culture. Pour écouter lémission, cliquez ici
Le principe de cette collection
est simple, mais efficace et surtout très convaincant. Léditeur
demande à deux auteurs, connus pour leurs positions
opposées sur une question dactualité, de rédiger
un texte défendant leur point de vue, sans voir le texte de leur «
contradicteur ». Puis, après échange des textes, ils réfutent
les thèses de leur contradicteur. Enfin, dans une troisième
partie, chacun fait la synthèse de cet aller et retour.
Cet ouvrage convainc de la pertinence dune telle approche éditoriale,
tant elle met en scène, sereinement, des arguments contradictoires
et offre à voir, non seulement les points de vue de chacun, mais aussi
les registres dargumentation utilisés, les méthodes suivies
pour appuyer un raisonnement.
Hervé Le Bras et Gérard-François Dumont se situent dans
deux perspectives étrangères lune à lautre.
Le premier défend quil est illusoire et inutile de fermer les
frontières à la migration, en suivant un axe principal : les
déterminants économiques de la migration.
Gérard-François Dumont, de son côté, argue du bien-fondé
dune politique de contrôle des migrations en sappuyant sur
ce quil voit des expériences existantes : de façon approchée,
le contrôle est nécessaire puisque tout le monde contrôle.
Il manie surtout la crainte, juxtaposant caricatures des thèses opposées
et mise en avant de faits divers ressortissant de temps et despaces
différents.
Hervé Le Bras se raccroche à des règles précises
du travail scientifique : le chercheur nest pas là pour dire
ce qui doit être fait, mais pour examiner ce qui fut et ce qui est,
en précisant son champ détude. Sans doute, cela conduit-il
à laisser de côté certains aspects, mais la démarche
est claire, et scientifique car elle prête à la réfutation.
Gérard-François Dumont, de son côté, navigue entre
conseiller du prince, observateur des politiques migratoires et accumule des
faits qui nont pas grand-chose à voir les uns avec des autres.
Il devient difficile alors de le suivre, tant ressortent de sa démarche
des représentations a priori et des peurs personnelles qui nont
guère à voir avec une analyse précise de lhistoire
des migrations et de ses déterminants.
Mieux que dans un débat oral, on voit là à quel point
les polémiques autour des politiques migratoires ne sont pas fondées
uniquement sur des argumentaires différents, mais sur des démarches
étrangères lune à lautre. À ce titre,
ce petit livre noffre pas seulement à voir deux positions différentes,
il permet de mieux
comprendre comment fonctionnent les polémiques sur les questions dactualité.
Accueillir, décembre 2009, n° 252, Alain Blum
Contrôler limmigration ? Dialogue à main armée entre G.-Fr. Dumont et H. Le Bras
Deux ténors
de la démographie raisonnent et saffrontent sur le thème
de limmigration et de son contrôle. Tous deux ont été
membres de la commission Mazeaud, chargée en février 2008 dun
rapport sur le thème « Immigration et constitution ». Sur
ce sujet comme sur dautres questions démographiques, leurs positions
divergent. Le débat ne pouvait être quanimé. Léchange
a été réalisé, conformément à la
trame de tous les ouvrages de cette collection « Pour ou contre »,
en trois temps : un exposé de chaque auteur ; une réfutation
par chacun de ce quil désapprouve dans lexposé de
lautre ; et une conclusion pour chacun, où la critique de la
critique tient une place importante. Hervé Le Bras est un partisan
de la libre circulation des hommes sur toute la surface du globe. Constatant
la libre circulation des marchandises, il sexclame demblée
: « Il semblerait pourtant logique que les humains puissent se déplacer
aussi librement que leurs productions. » Logique, peut-être, mais
possible et souhaitable ? Sur le second point, Le Bras fait remarquer quun
travailleur arrivant adulte dun pays étranger où des personnes
ont financé linvestissement que représente son entretien
et sa formation durant son enfance et sa jeunesse constitue une aubaine pour
le pays darrivée, et il en déduit : « Le pays ou
la famille qui a élevé limmigré devrait demander
un remboursement ou bien se voir attribuer une partie des cotisations sociales
versées par le travailleur immigré. » Cest une position
que je soutiens, mais de manière plus nuancée : encore faut-il
que limmigré trouve à semployer productivement dans
le pays daccueil. Il existe hélas des cadeaux dont on ne sait
que faire, et qui, pour parler franc, vous embarrassent. Hervé le Bras
reproche assez violemment à Gérard-François Dumont de
ne pas adopter un point de vue économique cohérent ; mais il
a lui-même tendance à faire abstraction des réalités
qui ne cadrent pas avec ses a priori idéologiques : cest dommage,
car son intelligence déliée soulève bien des questions
intéressantes, comme celle du « couplet sur le développement
des pays de départ », qui revient trop souvent dans la bouche
des « bien pensants » lorsquils veulent trouver une alternative
à limmigration du Sud vers le Nord : ce développement
est hélas souvent rendu bien difficile, pour ne pas dire impossible,
par toutes sortes de facteurs, au premier rang desquels légoïsme
et lincompétence des dirigeants. Enregistrer les populations
Un point daccord entre les deux experts : limmigration napporte
pas une solution simple au problème du vieillissement de la population
européenne. Si le taux dactivité sélevait
partout au niveau atteint en Suède, si lon comprenait que la
prolongation de lespérance de vie saccompagne dune
capacité, pour la plupart, à travailler jusquà
des âges plus avancés, une partie importante du problème
serait résolue. G.-F. Dumont montre que les obstacles aux migrations
proviennent non seulement des restrictions à lentrée,
mais aussi des interdictions démigrer. Les pays communistes,
jusquà la chute du mur de Berlin, furent des spécialistes
de cette entrave à la libre circulation des hommes ; il en reste encore
quelques-uns (Corée du Nord, Cuba). Il montre aussi que le contrôle
de limmigration ne doit pas être confondu avec son interdiction
: en fait, les pays les plus ouverts statistiquement, comme le Canada et lAustralie,
ont une politique de contrôle très élaborée. Cela
est nécessaire pour une intégration réussie : comment
pourvoir aux besoins des immigrés en vue de leur intégration
si on ne les connaît pas ? Contrôle nest pas synonyme de
renvoi de tous ceux qui se trouvent en situation illégale, mais plutôt
denregistrement et de suivi des immigrants : on ne perd pas leur trace,
on soccupe deux. Ainsi « en Espagne, limmigré
illégal au regard de la réglementation nationale se trouve très
fréquemment inscrit sur les registres de population de la commune où
il réside. Cette inscription lui permet dinscrire ses enfants
à lécole et de bénéficier des services de
santé ». Nos deux auteurs sont daccord sur lutilité
quasiment la nécessité de ces registres de population,
que la France na pas mis en place. Et cest H. Le Bras qui écrit
ici ce que G.-F. Dumont a expliqué dans maints écrits : à
savoir quen France, la réforme (ou disparition) du recensement,
sans mise en place de registres locaux de population, a été
une erreur monumentale, qui nous prive dinformations indispensables.
« Sophisme compassionnel » Déconstruisant le « sophisme
compassionnel », Dumont cite un complément très instructif
apporté par Michel Rocard, quelques mois plus tard, à sa fameuse
déclaration du 7 janvier 1990 : « La France ne peut accueillir
toute la misère du monde. » Il faut connaître ces quelques
lignes : « Nous ne pouvons plus recevoir un flux massif et incontrôlé
sans que cela nhypothèque gravement dabord léquilibre
social de la nation, ensuite les chances dintégration des étrangers
installés, enfin lavenir même de nouvelles vagues darrivants
[
]. Nous sommes à la veille dune nouvelle vague massive,
venant dun Sud plus lointain, dun Est plus incertain. Et je le
dis clairement, cette vague doit être endiguée. » Les chiffres
du chômage, fournis par lINSEE, que rappelle Dumont (9 % de chômage
pour les Français de naissance, 26 % à 29 % pour les Maghrébins),
donnent un contenu concret au constat rocardien.
In fine, Le Bras sénerve et critique sans trop de discernement.
Dumont, lui, décortique un exemple important, celui de lespace
Schengen, montrant que la libre circulation à lintérieur
naurait jamais été possible sans la mise en place dun
contrôle coordonné, entre les pays participants, de leurs frontières
extérieures. Comme quoi les règles ne sont pas toujours les
ennemies de la liberté ; si elles sont bonnes, elles en sont au contraire
les garantes ! Terminons sur un regret : la question de la « seconde
génération » nest guère abordée dans
ce petit livre. Or on sait que beaucoup de problèmes rencontrés
par la première génération de migrants se retrouvent
hélas chez leurs enfants et petits-enfants. Après avoir lu ce
petit livre facile daccès et instructif, écrivez donc
à Gérard-François Dumont et à Hervé Le
Bras pour leur suggérer de consacrer un de leurs prochains ouvrages
aux descendants dimmigrés !
Liberté
politique (www.libertepolitique.com), 15 janvier 2010, Jacques Bichot
Savoir débattre
Cet opuscule a le mérite dorganiser un débat par ailleurs trop souvent réduit à un ping-pong daffirmations sommaires. Ce sont ici deux experts reconnus qui déploient leurs arguments, se répondent et discutent à tour de rôle. Leur analyse couvre les dimensions économiques, politiques, historiques et géographiques du problème. Hervé Le Bras pose demblée la question : la liberté de circuler librement et de choisir sa résidence ne relève-t-elle pas des libertés fondamentales ? Il sattarde sur le fantasme de linvasion migratoire et lidée quun immigré coûte à la société qui laccueille. Gérar-François Dumont démonte les sophismes de ceux qui s'opposent au contrôle au nom de la liberté ou de la compassion. Il montre l'espace Shengen en exemple dun territoire qui permet la circulation des hommes parce que celle-ci est contrôlée. Sans excès de chiffres à lappui, voici deux positions apparemment inconciliables qui nourrissent intelligemment la réflexion.
Causes communes, mars 2010, Dominique Chivot
Alors que limmigration
occupe une place régulière dans les débats, cet ouvrage
est une excellente synthèse des analyses de deux éminents experts
internationalement reconnus, Gérard-François Dumont et Hervé
Le Bras. Rappelons quHervé Le Bras est Directeur détudes
à lEHESS et le recteur Gérard-François Dumont Professeur
à la Sorbonne et Président de la revue Population & Avenir.
Ils débattent sur une question essentielle qui est le titre de leur
livre : Doit-on contrôler limmigration ? Dans cet ouvrage
écrit de manière concise et sans tabou, les deux experts répondent
à la question et confrontent leurs arguments dans un style clair et
agréable à lire.
Selon Hervé le Bras, une totale libre circulation des hommes doit aller
de pair avec les révolutions technologiques qui ont engendré
la réduction de lespace-temps. Sappuyant sur une des doctrines
des « ultra-libéraux », lauteur estime,
en citant lexemple des Chinois en France au XIXe siècle, ainsi
que celui des immigrés illégaux aux États-Unis, que limmigration
doit être systématiquement encouragée car elle est toujours
source denrichissement pour le pays daccueil. Les immigrés
ne constituent en aucun cas un fardeau pour lEtat, car ils travaillent
et paient des impôts comme les nationaux. Ainsi, la totale libre circulation
des hommes ne peut pas impacter négativement la politique sociale dun
pays.
Citant lexemple de lUnion européenne, lauteur affirme
quelle na pas donné lieu à un déferlement
des ressortissants des adhérents successifs. Par conséquent,
la France et lUnion européenne ne doivent pas craindre la libre
circulation des « Turcs ou des Maghrébins » sur
leurs territoires car limmigration contribue à la croissance
économique et sociale du pays daccueil. Par ailleurs, il estime
que la politique du « chiffre en matières dexpulsion
est inefficace » et coûte chère aux contribuables
français. De plus, selon lauteur, la régularisation «massive»
ne peut constituer un appel dair. Limmigration «choisie»
est vouée à léchec, comme la été
la tentative allemande dattirer les informaticiens indiens. Il estime
également que les immigrés ne privent pas leurs pays dorigine
de matière grise, car ceux qui sont bien formés ne peuvent,
en général, exercer chez eux faute doutils appropriés
pour leur métier ou demplois.
Gérard-François
Dumont, quant à lui, constate que « tous les pays du monde
contrôlent, à leurs frontières les entrées et les
sorties des personnes nées à létranger ».
Cest une fonction « régalienne ». Certains
pays contrôlent non seulement limmigration sur leur territoire,
mais aussi lémigration de leurs ressortissants. Il présente
les exemples des anciens pays communistes, de la Corée du Nord ou de
lIran. Dans ce dernier pays, il nexiste plus dambassade
américaine depuis 1980. Cette situation a pour but, entre autres, dempêcher
les ressortissants iraniens de solliciter des visas pour les États-Unis.
Gérard-François Dumont démontre que le contrôle
de limmigration se justifie par le souci dune meilleure intégration
des immigrants. Il faut connaître qui immigre pour réussir une
bonne intégration. Gérard-François Dumont précise
quon ne peut limiter la question de la migration à des facteurs
économiques et démontre limportance des facteurs géopolitiques
totalement omis par son contradicteur, à lexemple de chute du
rideau de fer qui a entraîné lémigration de centaines
de milliers de ressortissants dex-pays communistes vers lAllemagne.
Le contrôle de limmigration, selon Gérard-François
Dumont, permet également de ne pas dépouiller largement les
pays démigration de leurs bras valides et leur matière
grise.
Effectivement, lespace Schengen est une zone où la migration
des citoyens européens entre les pays membres est libre. Mais peut-on
ériger cette exception européenne en règle planétaire?
Cela paraît difficile. Linstauration de lespace Schengen
est long processus qui sest accompagné de la mutualisation des
moyens des pays de la zone sur le plan de la sécurité, informatique,
sanitaire et autres. Dune part, chaque Etat doit contrôler ses
frontières extérieures communes à lespace Schengen,
comme cela est acté notamment dans le Pacte européen de limmigration
et de lasile doctobre 2008. Dautre part, pour des raisons
de sécurité intérieure, un pays membre peut solliciter
à tout moment « la levée des facilités Schengen
» et procéder à des contrôles migratoires sur ses
frontières intérieures avec les pays de lespace Schengen.
A titre dillustration, Gérard-François Dumont analyse
le cas de deux pays dimmigration du Nouveau monde : Canada et Australie.
Ces pays qui bénéficient dune situation géographique
favorable en matière de contrôle de dimmigration (frontière
avec les Etats-Unis pour le Canada et insularité pour lAustralie),
pratiquent une immigration choisie en sélectionnant en amont leurs
immigrés grâce à un système de quotas et de points :
plus on est qualifié et diplômé, plus on a de chance dêtre
autorisé à migrer. Limmigration illégale y est
très minime. Et, en coordination avec le HCR (Haut Commissariat des
Nations unies pour les réfugiés), ces pays sélectionnent
des demandeurs dasile depuis leurs pays de résidence ou de transit.
Gérard-François Dumont prône une ouverture migratoire
qui va de pair avec le contrôle de limmigration, ces deux éléments
étant liés comme les deux faces dune même médaille.
Il ne sagit pas dempêcher limmigration, mais de la
connaître, si qui suppose des opérations de contrôle, pour
une bonne intégration (cours de langue, formation, soins, valeurs républicaines
).
Il montre également que, contrairement au propos souvent répandus,
les statistiques démontrent que la France est lun des tous premiers
pays dimmigration dans le monde.
Après avoir analyser et démonter la rhétorique des partisans
des trois sophismes (« sophisme internationaliste »,
qui prône la libre circulation totale et détablissement
des hommes partout dans le monde ; « sophisme compassionnel »,
qui exploite les images bouleversantes de clandestins diffusés par
les télévisions cf. les clandestins africains dans des
pirogues tentant de rejoindre lEurope pour prôner une ouverture
totale des frontières ; « sophisme libertarien »
qui considère quant à lui limmigrant comme une marchandise),
Gérard-François Dumont démontre que le contrôle
de limmigration est essentiel pour tout Etat afin de garantir la «concorde
sociale» et la sécurité de ses citoyens, à commencer
par celle des immigrants.
Hervé Le Bras, en considérant les arguments de Gérard-François
Dumont, estime que la libre circulation des hommes doit être un objectif
à atteindre pour tous les pays. Il estime également que louverture
totale des frontières doit et va être progressive pour limmigration
en citant lexemple de lUnion européenne où les migrants
portugais et espagnols ont contribué au développement de leurs
pays. Selon lui, il y a aucune crainte dinvasion si lon ouvrait
les frontières aux migrants car ces derniers sont très souvent
éduqués, qualifiés et ne demandent quà travailler.
De plus, ils sont originaires, pour la plupart, de pays francophones, et ne
constituent pas de menace ni sur le plan sanitaire ni sur le plan de la sécurité.
Gérard-François Dumont, dans la dernière partie de louvrage,
analyse et démontre, en sappuyant sur des exemples, que la France
en particulier et lEurope de manière générale,
nont jamais été autant ouvertes à limmigration
(regroupement familial, droit dasile, migration de travail...), contrairement
aux affirmations de Hervé Le Bras. Par ailleurs, les progrès
technologiques (développement des moyens de transport, des moyens de
communication
) favorisent la migration. Louvrage se termine par
un précieux lexique détaillé et explicite des différentes
terminologies utilisées. Au total, la lecture de ce livre Doit-on contrôler
limmigration ? est indispensable non seulement pour mieux comprendre
et se faire son propre jugement sur les questions
migratoires, mais aussi pour en approfondir tant les enjeux de géopolitique
externe que de géopolitique interne.
Géostratégiques, avril 2010, Seydou Kanté

