La Banque centrale européenne
(BCE) est la mal-aimée de lEurope. De Nicolas Sarkozy à
Ségolène Royal, un large consensus critique semble sêtre
dessiné.
Pourtant, les partis de gouvernement, PS et UMP en tête, ont soutenu,
depuis une vingtaine dannées, la création puis laffermissement
dune BCE indépendante. Les Français eux-mêmes y
ont consenti, à une courte majorité, via le référendum
sur le traité de Maastricht, en 1992.
Les partisans de lindépendance justifient leur position par les
nécessités de la lutte contre linflation. Ses détracteurs
soulignent que lindépendance de la BCE confine à lirresponsabilité
la plus absolue. Les uns voient à la fonction de banquier central un
caractère purement technique et invoquent la séparation des
pouvoirs, à la base de toute démocratie. Les autres considèrent
que son rôle est forcément politique et fustigent le déficit
démocratique de la BCE.
Qui croire ?
Cest pour permettre à chacun de se forger sa propre opinion que
les ouvrages de la collection « Pour
ou contre ? »
réunissent sur un même sujet les avis de deux experts aux points
de vue différents dans un langage clair et accessible.
Edwin Le Héron est
maître de conférences à Sciences Po Bordeaux. Ce spécialiste
reconnu des questions monétaires est lauteur de nombreux articles
et ouvrages. On lui doit notamment une Histoire de la pensée et
de lanalyse économiques (en collaboration avec Alain Barrère,
Cujas, 1994) qui fait autorité. Il préside lAssociation
de développement des études keynésiennes (ADEK).
Philippe Moutot est à la tête de la direction de la politique
monétaire de la Banque centrale européenne. Ce haut fonctionnaire
passé par le FMI a pris directement part à la création
de leuro. M. Moutot est au cur de lanalyse et de la communication
de la BCE. Il coordonne et supervise le Bulletin mensuel de linstitution
ainsi que ses publications occasionnelles. Son uvre comprend de nombreux
articles.
Prolongez votre lecture
en participant au forum spécial dédié à cet ouvrage
:
http://pouroucontre.1fr1.net
Revue de presse
Ce livre est une réussite : deux économistes sy opposent sur la nécessité ou non davoir une Banque centrale européenne (BCE) indépendante. Chacun expose dans le détail de véritables arguments, puis réagit au texte de lautre avant de conclure. Que lon penche dun côté ou de lautre, on y trouvera un remarquable exposé des thèses en présence, même si la technique et des débats théoriques peu captivants lemportent parfois sur la clarté de lexposition. Au risque de caricaturer des positions quil faut aller lire dans le détail, les deux auteurs sopposent essentiellement sur la nature politique des banques centrales : animaux politiques redevables devant les gouvernements et les opinions pour Edwin Le Héron, institutions techniciennes et neutres politiquement pour Philippe Moutot. Pour ce dernier, la BCE se doit dêtre totalement indépendante pour être efficace, alors que pour le premier, si elle doit être indépendante dans la façon dont elle conduit la politique monétaire, ses objectifs devraient être fixés par les Etats.
Ce débat ne règle pas tout. Edwin Le Héron sinquiète de la frénésie anti-inflationniste de la BCE, mais reconnaît que les banquiers centraux se préoccupent, sans le dire, de la croissance. De son côté, Philippe Moutot présente une « Sainte BCE » idéalisée, mais ne se demande jamais pourquoi elle suscite tant de critiques et sil est optimal de laisser monter les bulles de prix dactifs financiers, de se précipiter pour sauver les banquiers en déroute et de sinsurger au moindre frémissement des salaires. Mais il y a déjà beaucoup à comprendre avec ce livre, et cest lessentiel.
Christian Chavagneux, Alternatives économiques, juin 2008
Keynes et le temps des crises
Voilà revenu le temps des crises, où sifflera bien mieux le keynésien moqueur Notre président réclame un Bretton Woods financier et de la régulation pour un capitalisme quil ne croit plus capable de sautoréguler. Il veut revenir «au capitalisme de lentrepreneur et plus au capitalisme du spéculateur». Lintervention de lEtat redevient une évidence puisquil est le seul à voir plus loin que le bout de son nez. Henri Guaino annonce que les engagements de Maastricht ne sont plus la priorité Des thèmes keynésiens certes ! Le temps des crises où les keynésiens, sortis du placard, sont priés de cautionner une intervention étatique désordonnée pour soigner la crise du libéralisme financier. Hier pyromanes, les voici pompiers ! Une récupération vaut mieux que deux rien du tout. Revanche de Keynes ? Cest aller un peu vite en besogne. Des solutions keynésiennes ne peuvent être improvisées sur des problèmes essentiellement structurels. Si lon veut revenir à Keynes, prenons-le au sérieux !
Cette crise nest pas keynésienne, mais celle dun libéralisme devenu fou à force de dérégulation et de fétichisme de laccumulation de richesses virtuelles ! «De toutes les maximes de la finance orthodoxe, il nen est aucune de plus antisociale que le fétichisme de la liquidité» et Keynes ajoutait que macroéconomiquement «rien ne correspond à la liquidité du placement.» Keynes avait montré que la monnaie était un des moteurs économiques, mais que le désir de possession de largent était une pathologie sociale de la société moderne.
La boîte à outil keynésienne ne peut traiter les problèmes mécaniques du capitalisme spéculatif alors que les keynésiens prônent depuis longtemps le changement de cette mécanique. Parle-t-on vraiment de Keynes ? Face à leffondrement de la confiance, on ne peut cautionner une relance de la consommation ou laisser courir les déficits sans véritable projet. Penser que lon pourrait ramener la confiance et la prospérité en déplaçant mécaniquement quelques courbes, cest navoir rien compris à Keynes. Et la rupture des engagements européens ne serait pas de nature à rétablir la confiance, lorsque tout le monde sait quaujourdhui la réponse doit être européenne. La solution nest pas de ne pas respecter les mauvais traités, comme ce «stupide» pacte de stabilité et de croissance, mais den signer de bons.
Nos politiciens ont du ressort. Alors quil a fallu plus dun an pour trouver le 1,5 milliard deuros du Revenu de solidarité active, il na fallu quune heure pour trouver 3,5 milliards deuro pour sauver Dexia. Bravo ! Abandonner les banquiers et lensemble du système seffondre y compris le système productif ; les aider et ils recommenceront demain. Keynes affirmait en 1931 : «Un bon banquier, hélas, nest pas celui qui prévoit le danger et lévite, mais celui qui, sil est ruiné, lest conformément aux règles et traditions et avec lensemble de sa profession, en sorte que personne ne peut rien lui reprocher.» Oui, il faut renflouer les banquiers imprudents, mais il faut surtout réguler leurs pratiques et encadrer leurs instruments.
Tous les financiers courraient avec loptimisme béat du coyote derrière un bip-bip de plus en plus éloigné, lorsquun dentre eux regardant ses pieds, découvrit avec horreur le vide sidéral. Certes avec un optimisme collectif, ils auraient pu courir encore un moment. Mais il y en a toujours un pour vouloir rejoindre avant les autres le plancher des vaches, précipitant alors tout ce petit monde dans les abysses. Conséquence dune préférence généralisée pour la liquidité. Paulson et les 700 milliards de dollars pour Wall Street ? Nulle revanche des keynésiens là-dedans. Juste la vieille rengaine : nationalisons les pertes (aujourdhui) et privatisons les profits (hier et bien sûr demain). Rappelons juste quelques principes keynésiens. Minsky (1) affirmait avec justesse que la crise naissait dans la prospérité, quelle était inhérente au capitalisme comme la prise croissante de risques lorsque leau calme berce vos illusions. Avec lincertitude radicale, les risques financiers sont endogènes et le long terme nest jamais prédéterminé puisquil est une suite de situations de courts termes qui elles-mêmes dépendent de la vision que lon a à chaque période du futur. La confiance est la variable déterminante. Ainsi les anticipations sont largement autoréalisatrices : pensez la crise pour demain et vous la créez aujourdhui. Pensez la croissance des profits sans limites et vous aurez une de ces magnifiques bulles dexubérance irrationnelle qui, telle la grenouille, finira par éclater. Si la finance peut se croire un temps autonome, elle ne peut à long terme quêtre nourrie par la production de valeurs réelles et de profits qui nont pas la capacité de monter au ciel.
Être keynésien, cest agir fortement sur la répartition des revenus et accepter une régulation des marchés qui évite les crises et non plaider pour une thérapie de choc simpliste quand les tenants du libéralisme dérégulé, lil hagard, cherchent désespérément le retour dun ordre spontané. La main invisible sait les frapper fort. Keynes a toujours défendu lesprit dentreprise car «les spéculateurs peuvent être aussi inoffensifs que des bulles dair dans un courant régulier dentreprise. Mais la situation devient sérieuse lorsque lentreprise nest plus quune bulle dair dans le tourbillon spéculatif.» La pensée de Keynes na jamais été nationaliste. Aujourdhui, le keynésianisme na davenir quau niveau européen ou mondial et cest là que le bât blesse. Les élites politiques européennes sont allergiques à toutes formes de régulation. Quant aux excès de la finance, ils ne peuvent être efficacement traités quau niveau mondial, ce qui nest pas gagné.
Les keynésiens pourraient-ils mettre en uvre rapidement leur politique ? Sans doute pas puisque les outils de la régulation ont été systématiquement détruits depuis vingt-cinq ans avec la déréglementation financière mondiale, le pouvoir monétaire confié aux banques centrales indépendantes et labsence de coordination des politiques économiques et budgétaires nationales. Prenons Keynes au sérieux et une fenêtre souvrira pour changer profondément le fonctionnement de nos économies car pour rétablir la situation, il faudra autre chose que le "prêt à penser" keynésien dautrefois. Les keynésiens daujourdhui sont prêt à cette réflexion pour que Keynes cesse dêtre le prétexte à de mauvaises politiques juste le temps des crises.
(1) Hyman Minsky, économiste américain, a montré les méfaits de la finance spéculative dans son ouvrage J.-M. Keynes, 1975, Columbia University Press.
Dernier ouvrage paru: Les banques centrales
doivent-elles être indépendantes? avec Philippe Moutot, Ed. Prométhée,
2008.
Edwin Le Héron, Libération, 14/10/2008
Quelle politique de relance pour contrer la crise ?
Pour Edwin Le Héron, président de lassociation pour le développement des études keynésiennes, « la crise est trop grave, trop profondément ancrée dans les esprits » pour que lEtat à lui tout seul puisse restaurer la confiance. « Une simple relance de linvestissement public ne sera pas suffisante. Elle peut même être contre-productive dans la mesure où limpact de cette dépense publique serait faible mais au prix de finances publiques dégradées et du non respect de nos engagements européens. La relance budgétaire doit absolument être coordonnée au niveau européen. Sinon limpact négatif de demain pourrait être supérieur à limpact positif daujourdhui », redoute-t-il.
Il faut, estime Edwin Le Héron, jouer « sur la répartition des revenus et corriger les inégalités. Une relance de ce type serait plus efficace ». En revenant « sur le boulier fiscal, sur limposition des revenus les plus élevés et avec des impôts positifs, comme la prime pour lemploi ». Mais pour léconomiste, il importe aussi de redistribuer les revenus des grandes entreprises vers les plus petites. Grâce à une fiscalité incitative, pour les PME qui investissent. Et pénalisante, au contraire, pour les entreprises qui versent des dividendes. « Lorsque Nicolas Sarkozy déclare quil faut financer le capitalisme des entrepreneurs au détriment du capitalisme des spéculateurs », il emprunte cette formule à Keynes, fait-il remarquer.
(Edwin Le Héron, maître
de conférence à Sciences-Po Bordeaux, est lauteur de Les
Banques centrales doivent-elles être indépendantes ?
Éditions Prométhée, 2008, avec Philippe Moutot)
Hugues Lattard, LExpansion, 18/11/2008
Keynes : la réponse à la crise ?
La crise actuelle apporte de leau au moulin de John Maynard Keynes. Cet économiste prônait la régulation du capitalisme. Est-ce la solution pour sortir du marasme ? Éléments de réponse avec Edwin Le Héron (1), enseignant en économie à Sciences Po Bordeaux et président de lAssociation pour le développement des études keynésiennes.
Le Point : Comment
les keynésiens expliquent-ils la crise actuelle ?
Edwin Le Héron : Elle est lhéritière de
la crise qui a frappé le Sud-Est asiatique en 1997. À lépoque,
les capitaux présents sur ces marchés se sont reportés
vers la nouvelle économie. Quelques années plus tard, lorsque
la bulle a éclaté, les responsables économiques américains
ont fait en sorte que le marché immobilier prenne le relais. Mais la
bulle immobilière a elle aussi explosé. Finalement, cette crise
montre que, lorsquil est livré à lui-même,
le capitalisme va dans le mur.
LP : Tout comme le prétendait
Keynes...
ELH : Selon lui, les crises sont endogènes au capitalisme et, pour
le sauver, il faut le réguler. Mais il faut le faire quand tout va
bien, et non pas au moment où les banques ne veulent plus prêter
dargent, où les entreprises produisent
moins et où les consommateurs épargnent plutôt que de
consommer. Aujourdhui,
il y a une perte de confiance généralisée !
LP : Nicolas Sarkozy a déclaré : «
lidée
que les marchés ont toujours raison est une idée folle.
» Cela vous étonne ?
ELH : Pas tant que cela ! Il y a en France une tradition colbertiste qui fait
que les politiques ont gardé confiance en lÉtat.
Mais jaimerais
que son discours soit suivi de décisions et, surtout, que celles-ci
perdurent une fois la crise passée.
LP : Est-ce le retour en grâce de Keynes ?
ELH : Je suis assez pessimiste. Dabord,
parce que ceux qui se réclament de Keynes aujourdhui le font
par pur opportunisme : on nous ressert la vieille idée «
privatisons les
profits et nationalisons les pertes
». Mais,
dès lors que tout ira mieux, les mêmes erreurs se reproduiront
et il y aura une nouvelle crise, qui sera, selon moi, une crise du dollar.
Ensuite, certains prétendent quil suffit dappuyer sur le
bouton « dépense
publique »
pour résoudre le problème, ce qui relève dune mauvaise
compréhension de Keynes. Ce remède serait efficace si la crise
était conjoncturelle, alors quelle est structurelle.
LP : Quelle politique structurelle préconisez-vous ?
ELH : Il faut agir sur la redistribution des revenus, abandonner le bouclier
fiscal et revenir sur les niches fiscales, du moins celles qui ne concernent
pas laide aux PME. Je prône aussi une taxe sur les transactions
financières proportionnelles au niveau de risque des marchés.
Enfin, il nous faut plus dEurope : la réponse à cette
crise est internationale.
Propos recueillis par Pascal Mateo, Le Point, 4/12/2008
Edwin Le Héron et Philippe Moutot, 2008, Les Banques centrales doivent-elles être indépendantes ?, Éditions Prométhée, Bordeaux, coll. « Pour ou Contre », 122 p.
Réunissant deux experts aux avis opposés, cet ouvrage offre
un débat enrichissant autour de lindépendance des Banques
centrales et de leur comité de politique monétaire, «
nouveaux lieux de pouvoir de nos démocraties ». Dès les
premières pages, P. Moutot dévoile « larrière-pensée
» dun banquier central en affirmant que lindépendance
ne doit pas être remise en cause, et que le présent débat
ne sert quà légitimer cette indépendance, à
lexpliquer au public pour quil comprenne que cest son intérêt
dy adhérer. Cest là une qualité essentielle
de cet ouvrage que de donner à lire les représentations et les
logiques des banquiers centraux. La contradiction apportée par E. Le
Héron soulève, très souvent à juste titre, linconsistance
de ces représentations et des pratiques qui en découlent. Au
final, au-delà du titre de louvrage, les développements
rejoignent quasi systématiquement le débat controversé
sur le statut de la Banque centrale européenne et la nature de son
indépendance.
Louvrage se présente en forme daller-retour entre les deux
auteurs. Pour légitimer lindépendance des Banques centrales,
P. Moutot, qui expose son argumentaire en premier, procède en deux
étapes. Dabord il revient sur lémergence de ce débat
dans les années 1970 jugeant rétrospectivement les efficacités
contrastées des politiques économiques. Jusqualors, les
Banques centrales étaient subordonnées au pouvoir politique.
La stagflation a amené à remettre en cause empiriquement le
lien entre inflation et croissance, et la capacité des gouvernements
à contrôler la conjoncture (la remise en cause théorique
provenant de lavènement du monétarisme et de lhypothèse
danticipations rationnelles). En labsence darbitrage entre
inflation et croissance à long terme, la recherche de la stabilité
des prix devient le meilleur (et seul) allié de la croissance économique.
Le second temps de la légitimation repose sur la plus grande efficacité
des Banques centrales à lutter contre linflation lorsquelles
sont indépendantes. Soustraire les décisions de politique monétaire
des mains dhommes politiques qui seraient tentés de réduire
le chômage en créant de la monnaie (biais inflationniste) quitte
à faire linverse par la suite (incohérence temporelle)
se justifie alors par souci defficacité. Pour P. Moutot, cet
argument est renforcé par nombre détudes empiriques. Lidée
force est ainsi que lindépendance rend crédible, aux yeux
du public et du « marché », la lutte contre linflation.
Après avoir précisé que linflation des années
1970 était plus liée à des chocs doffre (pétrole)
doublés de mécanismes dindexation des salaires quà
un laxisme de politiques monétaires décidées par la puissance
publique, E. Le Héron réfute la neutralité de la monnaie
et lexistence dun équilibre « naturel » de
long terme, où le long terme serait autre chose quune succession
de courts termes gouvernés plus par des anticipations auto-réalisatrices
que par des anticipations rationnelles. Dans un second temps, la meilleure
efficacité de lindépendance est mise en doute par E. Le
Héron qui soulève en particulier le problème du manque
de coordination des politiques économiques. Pour lui, le problème
nest pas tant celui de la crédibilité que celui de la
confiance et de la légitimité. Dans ce cadre, lindépendance
nest pas refusée mais simplement encadrée. La notion dindépendance
nest pas homogène : elle peut être quasi totale dans le
cas de la BCE (indépendance dinstruments et dobjectifs)
ou instrumentale comme pour la plupart des autres Banques centrales. Ce débat
se retrouve dans le choix de la cible dinflation : alors que la BCE
a été laissée libre de définir ce à quoi
correspond la stabilité des prix, la plupart des autres Banques centrales
demandent au politique de leur imposer la cible dinflation ou de la
négocier avec elles, afin de gagner une légitimité que
lui seul peut leur fournir. Pour P. Moutot, le choix de 2 % est une simple
mise en uvre technique dune disposition du Traité de Maastricht
adopté démocratiquement, quand E. Le Héron y voit un
choix discrétionnaire de la BCE sur lequel nexiste aucun consensus
technique, et qui se fonde sur un modèle « naturel » de
léconomie censé simposer aux pouvoirs publics. Quant
à lidée que la stabilité des prix serait le seul
objectif des banquiers centraux, il rappelle que tous les banquiers centraux
sont pragmatiques et quils se préoccupent aussi de la croissance,
quils laffirment ou non, à tel point que certains parlent
de « sale petit secret des banquiers centraux ».
P. Moutot et E. Le Héron saccordent cependant sur le fait que
la transparence et la responsabilité sont les contreparties nécessaires
de lindépendance. Sappuyant sur une vision techniciste
de la Banque centrale, P. Moutot souligne limportance de la communication
et de la pédagogie pour renforcer ladhésion du public,
et sa compréhension du « vrai » modèle économique
(condition requise pour valider lhypothèse danticipations
rationnelles). Mais, selon lui, la transparence de la BCE suffit pour la responsabiliser
: présentation du président de la BCE devant le Parlement tous
les trimestres, avec débat et votes, conférences de presse après
chaque décision et publications de ses prévisions économiques
De manière plus convaincante, E. Le Héron reproche à
la BCE de ne pas remplir ses obligations de transparence et de responsabilité
: alors que le Congrès américain peut changer lobjectif
de la Fed en une nuit, et peut limoger son président, celui de la BCE
ne peut être révoqué, et la BCE ne publiera les comptes-rendus
des réunions que dans 50 ans (contre trois semaines à la Bank
of England).
Louvrage, bien quun peu technique, laisse une bonne impression.
Au-delà du fait quil propose un espace de dialogue entre des
avis qui habituellement sopposent sans se rencontrer, et outre les intéressantes
réflexions sur la mise en uvre politique de certaines notions
(indépendance, responsabilité, légitimité, etc.),
il a aussi le mérite de mettre en évidence la faille majeure
existant au sein des économistes, entre ceux pour qui léconomie
est avant tout affaire de technique et ceux pour qui léconomie
est résolument politique. On regrettera néanmoins que le débat
tombe parfois dans limpasse, P. Moutot ne répondant pas toujours
de manière précise aux critiques souvent perspicaces dE.
Le Héron. Finalement, il convient aussi de noter que la question clé
de savoir si les Banques centrales maîtrisent réellement linflation
aurait mérité dêtre discutée, tant la réponse
à cette question conditionne lensemble des thèses de louvrage.
Jordan
Melmiès, Thomas Dallery, Revue française de socio-économie,
n°3, 2009

